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Réponse à M. Levisse

De retour de Casablanca, je peux enfin prendre un instant afin de répondre publiquement aux commentaires de Mehryl Levisse sur sa page facebook, accompagnant la lettre collective signée par des artistes la Biennale Internationale de Casablanca.

Ayant eu à gérer les urgences liées aux derniers préparatifs de l’inauguration de la biennale – celles-ci incluant un suivi de la situation des artistes – je n’ai pas pu lire la lettre immédiatement. Cependant, le 26 octobre j’ai écrit à tous les artistes en expliquant que j’étais extrêmement consciente des problèmes de logistique par lesquels nous étions tous affectés. Ceux-ci, étaient en partie dûs à des questions budgétaires et contraintes d’espaces qui sont apparues en dernière minute, mais aussi au fait que certaines tâches et procédures importantes sur lesquelles j’avais insisté depuis des mois n’avaient toujours pas été réalisées ou suivies à l’arrivée des artistes.
Mostapha Romli, Président-Fondateur de la Biennale Internationale de Casablanca s’est exprimé sur le sujet, dans un communiqué paru aujourd’hui sur le site de la biennale, reconnaissant la responsabilité de la biennale en tant qu’organisation. Ce communiqué permet de mettre en lumière les obstacles qui se sont manifestés progressivement et auxquels j’ai eu à faire face pendant des mois.

Pour ma part, je n’ai jamais fui mes responsabilités. J’assume ainsi pleinement celle qui m’incombe en tant que curatrice et directrice artistique, comme je l’ai toujours fait dans tous mes projets. Je suis solidaire des artistes et ai toujours œuvré pour que leurs droits soient respectés. Je travaille dans le domaine de l’art depuis 18 ans et depuis 13 ans comme commissaire d’expositions et j’ai toujours été transparente avec les artistes. Je préfère annoncer toutes les conditions d’un projet à un artiste et qu’il ou elle refuse de participer plutôt que de dissimuler une situation qui déboucherait sur de mauvaises surprises. Qui le souhaite peut contacter les artistes de mes précédentes expositions pour en avoir la preuve. Pour la Biennale Internationale de Casablanca, j’ai développé un projet a minima tout à fait réalisable.

Les revendications des artistes sont légitimes et si je m’exprime ici c’est tout simplement pour rectifier certains points présentés par Mehryl Levisse de manière quelque peu biaisée. Il est vrai que Mehryl Levisse fait partie des artistes d’abord contactés en juin au moment de la sélection finale de la biennale, puis en juillet. Il faut dire ici que sur 30 œuvres / projets, les conversations avec les artistes n’ont pas toutes eu le même degré puisque certaines œuvres étaient plus faciles à mettre en place que d’autres. À l’échelle de la biennale, la performance Nature Morte n’était pas aussi complexe à organiser que certaines autres œuvres. J’ai effectivement vu Mehryl Levisse à Casablanca après avoir notamment voyagé à Paris et au Japon, où j’ai aussi rencontré d’autres artistes inclus ou considérés pour la biennale.

Ce que Mehryl Levisse omet de dire est que lorsque son projet a été sélectionné, il était question qu’il soit en résidence à l’Institut français de Casablanca, donc basé au Maroc. N’avaient donc été inclus dans ses coûts initiaux d’avion et hébergement que le voyage de Corrine (alias Sébastien Vion), créature des nuits parisiennes et DJ. Il est évident que si nous sélectionnons 30 projets et que ces projets nécessitent la venue de deux artistes par projet, cela a une incidence sur les coûts. Il est donc normal de le signaler aux artistes.
Ce qu’il ne dit pas non plus, c’est que lorsque l’Institut français nous a confirmé la prise en charge des voyages d’artistes français, début septembre, il nous a lui-même informé que Corrine ne disposait pas de passeport et que la demande serait faite la semaine du 17 septembre.

C’était avec grand enthousiasme que j’avais confirmé mon souhaît de présenter Nature Morte. Nous nous étions mis d’accord sur les dates, le billet d’avion était une formalité. Certes celui-ci aurait dû être précédé de la convention que j’ai demandé maintes fois à la biennale d’envoyer à tous les artistes. Mais en aucun cas il ne s’agissait de forcing. Ce n’est pas comme si le billet était réservé contre le souhaît de la biennale puisque c’est moi qui ai voulu que tous les artistes soient présents et que leur hébergement soit aussi pris en charge pendant leur séjour. Mehryl semble décrire le retard de son billet d’avion comme s’il s’agissait d’une négligence ou d’une nonchalance de ma part alors qu’il sait très bien que j’étais tout aussi exaspérée de voir que sa réservation n’était toujours pas faite. Par respect pour son travail, il ne me semblait pas correcte que Corrine vienne performer à Casablanca dans le cadre de la biennale sans sa présence. C’est la raison pour laquelle j’ai avancé son billet.

Quant au fait que je ne réponde pas à mon téléphone, hormis les moments où je devais me concentrer sur les derniers textes pour ne pas faire d’erreur,  je n’ai passé mon temps qu’au téléphone et entre les différents sites de la biennale. J’ai tout autant pâti que les artistes des manquements de la biennale en matière de logistique et la personne concernée connait mon opinion à cet égard. J’ai d’ailleurs même pris la décision de retirer les travaux de quatre artistes dont la présentation ne rendait pas justice à leur œuvre.
Un autre point à clarifier est que l’information de l’annulation des per diem est totalement fausse et j’aimerais bien comprendre d’où elle vient.
Quant à la soirée du Sofitel, elle était indépendante de mon programme artistique. Cela aurait dû être un événement “after”. C’est bien la raison pour laquelle je suis restée à la Villa jusqu’au bout pour la performance de Corrine.
Je trouve aussi qu’il est présomptueux de dire que les artistes qui n’ont pas signé la lettre ne disent rien car ils sont “heureux d’être présents à Casablanca pour une biennale.” Tous les artistes n’ont pas vécu la même expérience, d’autres encore sont libres de choisir les modalités par lesquelles ils souhaitent s’exprimer.

Encore une fois, je suis tout à fait d’accord sur le fait que la biennale a manqué de professionnalisme à de nombreux égards. Mais je n’accepte pas d’être incriminée comme si j’étais restée passive ou désinvolte face à la situation. Un curateur invité, aussi compétent soit-il, reste majoritairement tributaire de la structure qui l’accueille. J’ai proposé des méthodes de travail, des instructions, et un calendrier qui n’ont pas été respectés.
Il est évident que cette expérience a été difficile pour beaucoup d’entre nous. Et bien que cela ait joué sur le plein aboutissement d’une vision artistique collective, je suis fière des expositions que nous avons réalisé avec les artistes exposés et suis reconnaissante de l’inventivité dont ils ont fait preuve lorsque les circonstances le demandaient. La qualité artistique est là, le public était présent, local et international, amateur et professionnel. La ville de Casablanca est propice à ce type d’événement culturel. Les expositions sont encore ouvertes jusqu’au 2 décembre et valent que l’on s’attarde sur les œuvres des artistes. Les indéniables problèmes logistiques de la biennale ne devraient pas pour autant discréditer les œuvres exposées. De même qu’ils ne représentent aucunement ma pratique curatoriale.
Comme disait un de mes collègues, il ne manque à la biennale qu’un moteur solide. Un moteur fait de professionnalisme et d’un vrai engagement pour l’art, avant même que ne se mettent en place les finances. Je souhaite à la biennale qu’elle trouve cet équilibre afin qu’aucun autre artiste ou commissaire n’ait à subir de tels désagréments.

C. Eyene

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