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Récits des Bords de l’Eau

Récits des Bords de l’Eau

Villa des Arts des Casablanca
27 octobre – 2 décembre 2018

 

Dans le cadre de la 4ème Biennale Internationale de Casablanca, la Villa des Arts présente l’œuvres des artistes Ibrahim Ahmed, Yoriyas Yassine Alaoui, Bianca Baldi, Shiraz Bayjoo, Rémy Bosquère, Cristiano Berti, Raphaël Faon & Andres Salgado, M’hammed Kilito, Amine Oulmakki, Yohann Quëland de Saint-Pern, Anna Raimondo, Saïd Raïs, Magda Stawarska-Beavan & Joshua Horsley, Oussama Tabti et Caroline Trucco.

Intitulée Récits des Bords de l’Eau, la biennale s’inspire d’une constellation d’idées partant du cadre paisible d’Ifitry – la résidence d’artistes de la biennale, située sur la côte marocaine entre Essaouira et Safi, donnant directement sur l’Océan Atlantique – et ouvrant sur des formes visuelles et sonores et développées par des artistes marocains et internationaux. Les thèmes qu’ils abordent font tout autant référence au contexte marocain, qu’ils adressent l’histoire et l’actualité du monde à travers une diversité de médiums incluant performance, texte, installation, vidéo, art sonore et photographie.

L’exposition ouvre sur Sud-Sud (2016-2018) d’Ibrahim Ahmed réalisée à la residence Ifitry. Dans sa version originale, cette sculpture s’appuie sur le matériau de construction le plus répandu au Caire, les briques. Chaque brique est composée d’environ 100 couches de textiles du monde entier, en particulier du Sud, disponibles sur les marchés locaux. Les briques sont les éléments constitutifs fondamentaux du Caire et de l’architecture du quartier d’Ard El Lewa, qui abrite également des communautés de réfugiés. C’est aussi un matériau de construction global, transnational et omniprésent.

Créée pour la biennale et présentée pour la première fois, Un océan de mémoire (2018) de Raphaël Faon & Andres Salgado est une vidéo composée d’images de synthèse qui emploie des algorithmes de simulation de fluides. Les artistes se sont inspirés de la marine en histoire de l’art afin de produire une représentation de la mer qui se donne comme un paysage mais dans lequel surgissent les questions politiques contemporaines, généralement absentes de cette tradition picturale. Une mer virtuelle hyperréaliste voit émerger parmi les vagues des figures humaines qui se dressent un instant avant de retrouver leur forme liquide en s’effondrant. Il s’agit de rendre visible de manière symbolique les migrants qui ont péri en mer à travers ces formes fantômatiques, ceux dont on ne connaît pas le nom, ceux qui sont oubliés, invisibles.

Suspendu au mur se trouve un résidu de Versipellis, performance de la sud-africaine Bianca Baldi. Versipellis (2018) est une adaptation du roman Passing (1929) de Nella Larsen faisant référence à un phénomène qui se lit à la fois comme la qualité adaptative de changement de peau et la peau photographique elle-même. Baldi emprunte aux propriétés homochromiques de la pieuvre lui permettant de changer de couleur, pour évoquer la pratique culturelle du « passage », c’est-à-dire le fait de pouvoir passer d’une identité raciale à l’autre afin d’échapper aux limitations discriminatoires.

À la Recherche de Libertalia (2018) de Shiraz Bayjoo est un projet à long terme qui mêle l’histoire vraie de la piraterie à celle de la traite négrière de la Compagnie française des Indes Orientales avec Madagascar aux XVIIè et XIXè siècles. Ce projet aborde aussi l’histoire à la lutte de l’île pour se « libérer » de l’administration de Vichy pendant la Seconde Guerre mondiale.
L’installation de Bayjoo combine vidéos, texte et images d’archive notamment présentées dans des vitrines. L’œuvre de Bayjoo est présentée à Casablanca avec le soutien de New Art Exchange (Nottingham).

Wits Zone de Guerre (2018) de Yohann Quëland de Saint-Pern est une installation utilisant des séquences tirées de manifestations estudiantines “Fees Must Fall” qui ont eu lieu à l’Université du Witwatersrand, contre la hausse des droits universitaires. La scène en question montre des étudiants qui se protègent de la police en utilisant des matelas comme boucliers. Le dispositif de l’installation propose de s’interroger sur la capacité de la machine “étatique” à revendiquer un territoire qui dépasse les corps des étudiants. Elle ne tire pas sur les corps, mais à travers eux. Développée dans une toute récente résidence à la Cité internationale des arts (Paris), l’installation Wits Zone de Guerre est présentée à Casablanca avec le soutien du Frac Réunion et de l’École supérieure d’Art de la Réunion (Esa).

Annoncée par un voile noir menant derrière l’escalier au rez de chaussée, Tentative de mise en images (2018) d’Amine Oulmakki, est une vidéo présentant sur un écran voilé, la surface d’un ventre en gestation. Cette rondeur, ponctuée de mouvements prononcés, annonce la vivacité de ce petit être à venir. 

À l’étage, le visiteur est accueilli par Shapes (2018) d’Oussama Tabti, une installation née de son intérêt pour “les invisibles” une des descriptions des ‘chibanis’ (‘personnes âgées’), la première génération qui a émigré du Maghreb pour venir travailler en France. Tabti, note leur présence discrète et observe leurs actions et habitudes. Ce qui frappe, dit-il, c’est leur façon de s’habiller exceptionnelle, à la fois modeste et distinguée. Une personne ou un objet devient invisible à partir du moment où nous ne lui accordons plus aucune attention. Dans cette installation, Tabti utilise les vêtements et accessoires portés par les “invisibles”, tels que l’on pourrait les trouver dans les vitrines ou présentoirs de magasins.

Yoriyas Yassine Alaoui est un photographe marocain qui connaît un renom international depuis le succès de sa série Casablanca not the Movie. Pour la Biennale internationale de Casablanca, Yoriyas présente un nouvel ensemble de photographies mettant en avant son approche de la composition, dans une perspective artistique allant de la mise en avant d’éléments picturaux, aux formes isolées voire abstraites, le tout à travers des scènes du quotidien marocain et d’ailleurs.

Bosphore (2017-2018) de Magda Stawarska-Beavan & Joshua Horsley est un projet collaboratif consistant en un film et une composition reflétant la complexité et la diversité du détroit du Bosphore à Istanbul en tant que frontière à la fois littérale et métaphorique. Situé à la rencontre de l’Est et de l’Ouest, le Bosphore est représentatif des perspectives géographiques, politiques et culturelles des frontières. À mesure que ces frontières se déplacent, changent, s’ouvrent et se ferment, la géographie quant à elle reste. Les désirs et les besoins de franchir ces frontières évoluent avec les changements politiques.

Cycles Futiles (2018) de Cristiano Berti tire son nom de la biochimie pour laquelle un “cycle futile” est une dissipation ou un gaspillage d’énergie. Ce projet porte sur l’histoire en tant que discipline, sur la recherche historique et sa signification aujourd’hui.
Cycles Futiles # 2: Boggiano fait partie des recherches de Berti sur l’histoire des noms patronymiques issus de la migration, la colonisation et l’esclavage dont le nom de Boggiano que l’on retrouve au XIXè siècle chez des esclaves travaillant dans une plantation de café. L’installation de Berti reprend ces liens filiales à travers un arbre généalogique et des portraits de descendants de Boggiano.
Dans cette même salle, posés au sols, se trouvent 3 cadres de Caroline Trucco, adressant certains des dysfonctionnements de la 4ème Biennale Internationale de Casablanca, dont le retour d’une candidature non réceptionnée. Cet acte de perturbation est conservé dans l’exposition car il reflète un des éléments constitutifs de la biennale, affectant le projet curatorial et son volet monstrateur.

Pour la Biennale Internationale de Casablanca, Rémy Bosquère a revisité T2M (Tribune de médiation mobile) au cours de sa résidence de création à Ifitry. Initialement commandée par le MAC VAL, Musée d’art contemporain du Val-de-Marne en 2011, TM2 est une sculpture mobile à la lisière de la légitimité conçue pour soutenir les prises de parole publiques dans les espaces de collections et d’expositions, comme les visites guidées, conférences, performances et les concerts. Elle a même parfois intégré des éléments d’installations d’autres artistes.
À la Villa des Arts de Casablanca, T2M donnera l’occasion à des acteurs culturels locaux et divers publics de dialoguer avec l’œuvre, celle d’autres artistes, ou même d’intervenir pour des performances ou lectures de textes pendant la durée de la biennale.

Entre jeux et marées de M’hammed Kilito est une série photographique prise à El Jadida. Pendant la période estivale, les jeunes garçons pratiquent la plongée à des hauteurs vertigineuses. Ils gravissent les remparts du mellah (le vieux quartier juif) et sautent de hauteurs supérieures à 25 mètres, pour le plus grand plaisir des passants qui viennent les regarder, impressionnés par le courage de ces jeunes garçons, parfois âgés de moins de 12 ans.

La disparition de la mémoire (2018) de Saïd Raïs est un projet engagé dans la réactivation du patrimoine et de la mémoire collective marocaine. Il y a des dizaines de salles de cinéma fermées, de Tanger à Tétouan, Rabat, Casablanca, Marrakech, Oujda, Meknès, Agadir, Sidi Ifni ou Tarfaya. Afin de faire connaître au public la lumiere et la richesse de ce patrimoine abandonne, Raïs s’attache à nommer ces espaces en voie de disparition. Ce qui l’intéresse est de mettre en avant cette facette du cinema, ce patrimoine souvent oublie. La salle de cinéma, c’est aussi un temple dans lequel se deroulent un rite et une magie qui se jouent devant les spectateurs. La disparition de la mémoire met en exergue cette forme d’illusion, mise en scene de maniere ingenieuse par l’architecture.

Enfin l’exposition se conclut par la pièce sonore d’Anna Raimondo, Derrière la Mer (2018), interprétée par Edyta Jarząb et Jérôme Porsperger. Cette œuvre de 17 minutes s’accompagne d’un livret et d’une partition mêlant texte, annotations musicales et dessin. “Les voix [y] deviennent mer : douces, agitées, salées, harmonieuses, monstrueuses, dangereuses, fertiles, colorées, liquides.
Les voix deviennent vagues: dans un continuum, elles oscillent entre des moments hauts, sacrés, lyriques et des moments plus frontaux, directs, récitatifs.”

Commissaire : Christine Eyene

Cette exposition est organisée en partenariat avec : Making Histories Visible / University of Central Lancashire, Fonds régional d’art contemporain (Frac) de la  Réunion, École supérieure des arts de la Réunion (Esa) et New Art Exchange Nottingham.

Pour plus d’information, consultez le site de la 4ème Biennale Internationale de Casablanca